Rédigée le 01/01/2010
« Nous assistons à la mort en direct. Tous ceux qui ont visionné les images sont extrêmement choqués.
». Jean-Pierre Gage-Desgranges, procureur adjoint de Lyon ne mâche pas ses mots. Hier, les quatre agents de sécurité qui ont molesté un jeune homme de 25 ans en début de semaine dans un magasin Carrefour pour avoir volé de l’alcool, ont été mis en examen pour « violence en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Le juge des libertés et de la détention (JLD) les a ensuite tous placés sous mandat de dépôt. Ils risquent jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle .
Les images ont parlé. Le constat est sans appel : il y a bien eu bavure. « Mourir pour une canette de bière ce n’est pas acceptable, rajoute le magistrat. Ces violences sont totalement disproportionnées par rapport à la situation. »
Mort par asphyxie
Selon les explications du procureur, à l’écran Michaël apparaît calme. Assis sur un banc, il gesticule, rouspète un peu mais ne perd pas son sang-froid. Puis le ton monte et trois gardiens le saisissent violemment avant de le plaquer contre un comptoir. Le quatrième lui rabat sa capuche pour mieux lui appuyer le cou contre la table. Les pieds du jeune homme ne touchent presque plus le sol. Il restera ainsi un quart d’heure. La victime se débat, hurle, râle puis se tait… définitivement. Les vigiles le maintiendront comme ça encore six minutes avant d’alerter les secours. « A partir de ce moment Michaël Blaise était déjà en état de mort céphalique. Son état était irréversible », déplore le procureur.
Selon les résultats de l’autopsie le jeune homme mort asphyxié ne présentait pas de pathologie antérieure pouvant expliquer son décès. Les prélèvements sanguins n’ont révélé aucune trace d’alcool ni de psychotropes, contrairement à ce qu’avait déclaré David Metaxas, l’un des avocats des vigiles.
Face à ses révélations, Jean-Marc Assael, le directeur régional de Carrefour maintient sa ligne de défense. « Le procureur a jugé que les poursuites étaient opportunes. Maintenant on va entamer une enquête de plusieurs mois. »
De son côté, la famille du jeune homme s’apprête à porter plainte. Orphelin de père, sa mère habitant en Guadeloupe, Michaël était placé sous la tutelle de l’Etat. Il habitait dans un foyer à Vaise, dans le IX e arrondissement de Lyon. Interpellé pour plusieurs petits vols, il n’avait jamais été condamné, juste rappelé à l’ordre. « Il avait la volonté de s’en sortir, argumente Rony Gildard son cousin. Avec sa copine, ils allaient prendre un appartement dans quelques mois. Il envisageait de suivre une formation professionnelle de cuisinier. Etant moi-même maître d’hôtel, je lui avais proposé de l’aider à trouver des stages. ».

